Fondation canadienne de l'allaitement maternel

Allaitement maternel et VIH : une perspective mondiale

Un porte-parole de l’OMS explique la position de l’organisme sur l’allaitement et le VIH lors d’une conférence internationale des consultantes en allaitement

Dans le cadre de la Conférence de l’Association internationale des consultantes en allaitement qui s’est tenue à Sydney (Australie) à l’été 2003, Lenore Goldfarb a assisté à un exposé de M. James Akre de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) où celui-ci présentait la position officielle de l’OMS relativement à l’allaitement par des mères séropositives. M. Akre a fait remarquer que le problème ne se limite pas aux pays du tiers-monde, mais constitue plutôt un crise d’envergure mondiale, où des millions d’enfants sont laissés orphelins par des parents décédés du sida. Certains de ces enfants sont eux-mêmes infectés et nombre d’entre eux vivent en Occident.

Le conférencier a présenté le cas d’un père de famille ayant contracté le VIH par le biais des produits sanguins contaminés qu’il devait consommer pour traiter son hémophilie. Il a transmis le virus à son épouse enceinte qui l’a à son tour passé à son enfant à naître. Toute la famille a succombé à l’exception de la fille aînée du couple qui, à 12 ans, s’est retrouvée orpheline du sida.

Nous avons la preuve que le VIH peut se retrouver dans le lait maternel et infecter le nourrisson. Mais ce n’est pas la seule voie de transmission : le VIH peut aussi infecter le fœtus durant la grossesse ou même le bébé naissant au moment de l’accouchement. Les autorités sanitaires américaines recommandent aux mères séropositives de ne pas allaiter leur nouveau-né si elles disposent de quantités suffisantes de lait maternisé. Si ce lait n’est disponible qu’en poudre, elles doivent avoir assez d’eau potable pour le dissoudre. Malheureusement, c’est rarement le cas dans les pays en voie de développement, et l’OMS recommande plutôt l’allaitement maternel à l’exclusion de toute autre forme d’alimentation pendant six mois, suivi d’un rapide sevrage.

Cette recommandation s’explique par le fait que les nourrissons de mères séropositives risquent davantage de mourir d’une contamination du lait maternisé artificiel que de la transmission du VIH par leur mère. On estimait auparavant que la probabilité de transmission du VIH au nourrisson était de 3 %, mais James Akre a fait état d’une probabilité de 15 %. Et ce risque augmente rapidement après six mois d’allaitement « exclusif » ou combiné à du lait maternisé. C’est pourquoi l’OMS insiste sur un sevrage rapide après six mois. Malgré la probabilité de transmission de 15 %, l’OMS recommande cette pratique parce que les bienfaits de l’allaitement maternel excèdent de loin les risques de maladie et de décès dus à la contamination du lait artificiel.

Il va sans dire que les mères adoptives s’exposent au risque d’infection par des bébés nés de mères séropositives si le nourrisson est porteur du virus et si l’allaitement est mal administré. Une mise au sein maladroite peut endommager les mamelons de la mère, et ces blessures constituent un site propice à la transmission du virus et par conséquent à l’infection de la mère. L’aide de personnes compétentes et une bonne gestion de l’allaitement peuvent réduire considérablement le risque. Si la mère est capable de fournir assez de lait, son bébé a moins besoin de suppléments et elle diminue d’autant les risques associés au lait maternisé artificiel.

La Leche League International a diffusé le communiqué suivant le 4 juillet 2001 :

« La Leche League International reconnaît que la décision d’allaiter lorsqu’il y a risque de transmission du VIH constitue un immense défi, à l’échelle mondiale. Nous exhortons les parents et les professionnels de la santé à bien évaluer les bienfaits sanitaires et affectifs reconnus du lait maternel, tant pour la mère que pour le nourrisson, par rapport aux risques avérés des succédanés de lait maternel pour la santé et aux taux de maladie et mortalité infantiles résultant de maladies infectieuses endémiques à la région du monde qu’habite la mère, ainsi qu’en regard de la compréhension incomplète que l’on a du risque de transmission du VIH par le lait maternel. LLLI met au défi la communauté scientifique d’entreprendre les recherches qui permettront de bien identifier le rôle de l’allaitement maternel et du lait humain dans la transmission du VIH et la protection du nourrisson.

« Généralement, lorsque la mère sait qu’elle est séropositive, dans les régions où la mortalité infantile est élevée, l’allaitement maternel "exclusif" peut avoir pour effet une mortalité infantile moindre que l’alimentation aux succédanés du lait maternel, et demeure la pratique d’alimentation privilégiée. Bien que dans les régions où le taux de mortalité infantile est faible, l’allaitement maternel puisse comporter un risque de transmission du VIH chez l’enfant dont la mère est séropositive, il n’existe aucune preuve publiée d’une baisse de morbidité ou de mortalité infantile chez les bébés nourris aux succédanés.

« Les coûts sociaux de ne pas allaiter le nourrisson doivent aussi être pris en considération. Dans une culture où l’allaitement maternel fait partie de la tradition, une femme qui nourrit son bébé de lait maternisé artificiel peut se voir soupçonnée d’être séropositive par la collectivité et courir le risque d’être agressée, bannie ou abandonnée. Dans la plupart des régions du monde, en outre, les femmes ne savent pas si elles sont séropositives ou non; il importe donc de continuer à soutenir l’allaitement maternel « exclusif », c’est un besoin impératif.

« Même si la pensée scientifique dominante pour l’instant admet qu’il y ait un risque de transmission verticale par l’allaitement maternel, aucune recherche sérieuse n’a encore été faite pour déterminer l’incidence des pratiques d’allaitement (l’allaitement « exclusif » et l’allaitement optimal, en particulier) et de l’état de santé de la mère et de l’enfant sur la transmission du VIH.

"LLLI ne fait aucune recommandation relative à l’allaitement pour les mères séropositives, à ce moment-ci, étant donné la nature peu convaincante de la recherche à ce stade et ses diverses interprétations. »